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Je n’aime pas tellement les galeries de design web, je m’en suis déjà expliqué ailleurs et en d’autres temps. Si, lors de mes premiers pas dans la conception de sites, j’ai été flatté d’y voir apparaître certaines de mes créations, j’avoue que cela me laisse désormais assez indifférent. Ces galeries — du moins les plus sérieuses d’entre-elles — ne sont pas tout à fait inutiles puisqu’elles permettent de promouvoir les bonnes pratiques et de suivre l’évolution des tendances. Mais elles sélectionnent les créations selon des critères aussi subjectifs qu’obscurs, où l’aspect visuel joue un rôle essentiel alors qu’un bon site n’a pas forcément besoin d’être graphiquement exceptionnel pour être parfaitement réussi.
Un autre défaut de ces galeries est de se consacrer exclusivement aux sites internet, passant sous silence tout un pan du design web qui concerne les intranets et les interfaces web d’applications. Ce sont pourtant des domaines très intéressants, avec des lois différentes, des problèmes spécifiques qui aboutissent parfois des solutions très ingénieuses. Je suis assez régulièrement amené à travailler dans ce domaine que j’apprécie car il requiert une bonne part de réflexion sur l’ergonomie, tout en offrant davantage de liberté sur le plan graphique (moins de contraintes sur la taille des images, possibilité d’utiliser des fontes non standards, etc.)
Ces jours-ci encore, un client m’a confié la conception de l’interface d’un de ses logiciels et j’ai plaisir à imaginer diverses manières de présenter l’application. Mais j’ai rencontré au départ un peu d’incompréhension lorsque j’ai parlé d’ergonomie. Certains de mes contacts pensaient qu’un joli décor suffisait, alors que chaque élément doit être pensé pour guider l’utilisateur et l’assister dans son travail. Il suffit d’ailleurs parfois de peu de choses : bien positionner un élément, lui attribuer une forme ou une couleur particulière peut faire toute la différence.
C’est très difficile de se pencher sur le sujet de l’ergonomie lorsqu’en face il n’y a pas la culture ou l’ouverture nécessaire pour prendre en compte cet aspect pourtant essentiel lorsque l’on développe des interfaces utilisateurs.
Pour réaliser de bon site, de belles applications il faut un bon prestataire et… un «bon client».
Les clients sont rarement conscients des enjeux de l’ergonomie. Mais on peut tenter de les sensibiliser, non pas pour qu’ils deviennent des experts en ce domaine — ce n’est pas leur rôle — mais pour qu’ils acquièrent le réflexe de charger une personne compétente de réfléchir à ces questions assez tôt dans la réalisation d’un projet. J’essaie de le faire chaque fois que c’est possible, avec diplomatie, en espérant que dans le futur je serai consulté suffisamment tôt pour ne pas devoir limiter mon intervention à l’«habillage» d’une application déjà largement avancée.
Au risque de passer pour un pinailleur de queue de cerise (si si !), je souligne souvent à mes clients la différence entre design et ergonomie (pour un site web).
Le design, c’est ce qui rend belle une bête page de code.
L’ergonomie, c’est ce qui la rend pratique.
C’est pour cela notamment que nous avons des sites au design franchement hasardeux mais à l’ergonomie pourtant efficace. L’exemple le plus frappant (pour moi) reste ebay.
Vous êtes d’accord ou cela vous semble exagéré de faire une différence ?
Cedric > Je suis tout à fait d’accord, design et ergonomie sont deux domaines bien différents, même s’ils ne sont pas sans relation (notamment parce qu’une interface graphiquement plaisante suscite une humeur positive qui favorise l’apprentissage de l’utilisateur : il y a un intéressant article à ce sujet sur Ergolab).
J’essaie moi-même de faire comprendre la différence entre ces deux domaines à mes clients, car il faut bien avouer qu’ils ne font généralement pas la distinction. En fait, ils pensent surtout à «faire joli», sans songer qu’il est plus important encore de «faire pratique».
Effectivement, il importe davantage qu’un site tel qu’eBay soit simple à comprendre, facile à utiliser, plutôt que graphiquement attrayant (quoiqu’un graphisme plus plaisant, sans être envahissant, ne nuirait pas selon moi). Cela dit, certains choix curieux ont été faits sur ce site, comme, par exemple, la liste des catégories présente à trois endroits différents sur la page d’accueil.
Souvent, le client ne sais pas ce qu’est l’ergonomie pour la simple raison que lorsque elle est bonne, il ne le sait pas mais le sent…
Bref pour lui c’est le détail qui fait la différence.
Shnalla > Tout à fait d’accord. À l’instar de la typographie, une ergonomie réussie est invisible puisque tout semble « aller de soi » pour l’utilisateur. C’est quand elle est mal conçue et provoque de la gêne qu’on la remarque.
Le webdesigner c’est celui qui est capable de faire une mise en page efficace (gestion des blancs, niveaux de lecture, accroches visuelles), réfléchi à l’ergonomie de manière à rendre les choses simples. Comme le disait Nitot dans une de ses interviews: si c’est simple pour l’utilisateur c’est que c’est forcément compliqué pour le concepteur.
Et puis on voit directement si c’est fait par un connaisseur ou un marchand de tapis. Le premier “flash” de la première page nous indique tout de suite le niveau. La première impression est souvent la bonne. Si on trouve le design boiteux, on ne trouve pas ce qu’on veut… l’expérience utilisateur en prend un coup.
Ton boulot c’est aussi d’apporter ton savoir et ton expérience. Souvent quand tu présentes les choses avec leurs avantages et leurs défauts, les perceptions changent. Sauf si tu as affaire à des gens bornés qui pensent détenir la vérité.
Selon mon expérience personnelle, les problèmes viennent rarement de clients «bornés». En général, ils acceptent et tiennent compte des remarques qu’on leur fait. Bon, il faut avouer que parfois ils ont un sens de l’harmonie des plus douteux et imposent des choix qui ruinent l’esthétique de leur site (c’est très frustrant, mais si après leur avoir fait remarqué le problème ils persistent dans cette voie, ça devient leur problème).
Les problèmes sont plus souvent liés à la chaîne de décision, surtout dans les grandes entreprises. On finit souvent par tomber en haut de la chaîne sur un décideur qui n’a aucune notion d’ergonomie du web et tient absolument à imposer ses choix surtout pour des raisons de politique interne à l’entreprise, pour exercer son pouvoir.